Bruxelles. Ma belle ?

01 December 2017

Il se fait que la vie professionnelle m’a conduit à travailler et à habiter à Bruxelles, dans une commune remarquablement gérée. Mais, mois après mois, je m’interroge, comme de très nombreux observateurs de la chose publique, sur l’état de délabrement d’une ville qui se postule, de manière empruntée, à être (encore) la capitale de l’Europe. Il suffit de traverser d’autres capitales européennes, sièges de grandeurs impériales, pour réaliser que, sans juxtaposition historique des institutions européennes et de l’OTAN, ce qualificatif est usurpé. D’ailleurs, même si cette ville recèle d’endroits culturels insoupçonnés et de merveilleux lieux de vie, elle n’est plus qu’un film en noir et blanc. La neige y est sale avant de s’y déposer tandis que les maigrichonnes illuminations de Noël n’arrivent plus à camoufler la désespérance d’une cité qui croule sous son béton fissuré et en ruine. 

Creuset de tous les malaises belges, Bruxelles a dessiné en pointillé une frontière entre l’échec de l’intégration et l’effroi d’une population inquiète. Cette ligne de démarcation, comme dans les cités américaines, c’est le piétonnier et son prolongement vers la vieille gare du Midi. Mais, comme les événements de samedi passé l’ont dévoilé, elle est fluente, comme une ligne de front qui se déplace selon les offensives de communautés qui ne se comprennent plus. Quel échec alors que nous avons été le lieu de toutes les attirances mondiales pendant des siècles !

Bruxelles a dégringolé de tous les indices d’attractivité professionnelle : sa mobilité défaillante rend tout déplacement hasardeux. Mais ce n’est pas tout : alors que de visionnaires ingénieurs avaient tracé un futur pour cette ville dans les années soixante, leurs successeurs furent des rentiers de l’immobilisme. Et, chaque fois qu’un homme/femme politique s’engage à une idée innovatrice, c’est la raillerie qui en devient l’écho, dans les figures imposées d’un débat politique qui porte son échouement.

C’est dommage. Et puis, qui dirige Bruxelles dans cette saumâtre superposition des responsabilités qui permet de s’en escamoter ? Vraiment, les Bruxellois méritent mieux qu’un débat par abstention. Et puis, surtout, au-delà de la satisfaction narcissique de quelque apparition médiatique qui entretient la cour des affidés, quel est celui qui osera affirmer, avec caractère et fermeté, une vision cohérente? Car c’est le caractère, et non l’abstention lâche, qui bâtit les grandes choses humaines.

Bruno Colmant

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