Conditions de pêche post-Brexit : le gouvernement français menace Jersey de rétorsion

07 mai 2021

Le Brexit fera parler de lui des années durant. Un nouvel épisode orageux se présente, venant assombrir encore les relations franco-britanniques. La France a regretté dimanche que Londres ait introduit des conditions « non prévues » par l’accord post-Brexit pour délivrer des autorisations de pêche aux navires français, et va s’entretenir avec la Commission européenne lundi sur ce point. « Le dialogue avec les autorités britanniques doit se poursuivre selon les termes prévus par l’accord de commerce et de coopération, il ne saurait être question de se voir imposer de nouveaux critères qui viennent perturber la lisibilité et la cohérence de nos actions », a fait valoir, dans un communiqué, la ministre française de la Mer Annick Girardin. L’accord post-Brexit prévoit une période de transition jusqu’à l’été 2026, date à partir de laquelle les pêcheurs européens renonceront à 25 % des captures dans les eaux britanniques. Les pêcheurs de l’Union européenne conservent jusqu’à cette date un accès garanti aux zones situées entre 6 et 12 milles marins au large des côtes britanniques, où ils se rendaient traditionnellement.

Un mouvement « pacifique »

Un mouvement « pacifique » mené par les bateaux de pêche français est mené depuis ce jeudi matin 6 mai, à la sortie du port de lîle anglo-normande. Le HMS Severn et le HMS Tamar, ont été déployés pour « surveiller la situation », selon un porte-parole du ministère de la Défense britannique. Ces « manoeuvres » « ne doivent pas nous impressionner », a répondu le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes.

Le gouvernement britannique a déployé deux navires de guerre de la Royal Navy autour de l’île anglo-normande de Jersey où se sont rendus plus d’une cinquantaine de bateaux de pêche français jeudi pour protester contre les conditions de pêche imposées après le Brexit.

Entre 50 et 70 bateaux naviguaient depuis 07H00 dans le calme devant le port de Saint-Hélier, a constaté un photographe de l’AFP ayant embarqué dans la nuit sur un bateau normand. Quelques fumigènes ont été allumés en début de matinée.

A quelques miles de là, deux navires, le HMS Severn et le HMS Tamar, ont été déployés pour « surveiller la situation », selon un porte-parole du ministère de la Défense britannique, évoquant « une mesure strictement préventive en accord avec le gouvernement de Jersey ».

Ces « manoeuvres » britanniques « ne doivent pas nous impressionner », a déclaré à l’AFP le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes Clément Beaune. Deux patrouilleurs français ont été envoyés non loin, selon les autorités maritimes françaises.

La tension retombe un peu près de l’île de Jersey, jeudi 6 mai. La cinquantaine de bateaux de pêche français qui étaient au large de l’île anglo-normande depuis le matin, pour protester contre les conditions de pêche imposées aux marins français après le Brexit, a commencé dans l’après-midi à quitter les eaux de l’île anglo-normande. Une dizaine d’heures après leur arrivée aux abords de l’île anglo-normande, les pêcheurs français ont décidé de quitter la zone, sans obtenir ce qu’ils voulaient. Paris et Londres s’opposent sur les nouvelles conditions de pêche, imposées aux marins français.

« Mesures de rétorsion »

Mercredi, le président du comité régional des pêches de Normandie, Dimitri Rogoff, avait assuré qu’il ne s’agissait pas de bloquer Saint-Helier, mais de « marquer le coup ».

« Il n’est pas question de passer à l’assaut. (…) Le but du jeu, c’est de se montrer, de faire voir que les pêcheurs sont déterminés, d’appuyer ce qui a été réclamé et puis les propos de la ministre aussi, des propos assez virulents quand même.»

Selon Paris, le Royaume-Uni a publié vendredi une liste de 41 navires français, sur 344 demandes, autorisés à pêcher dans les eaux de Jersey, mais cette liste s’accompagne de nouvelles exigences, « qui n’ont pas été concertées, discutées ni notifiées avant » dans le cadre de l’accord.

Le gouvernement britannique et les autorités de Jersey ont dénoncé avec indignation la menace implicite de Paris de couper l’électricité à l’île anglo-normande. « Les menaces envers Jersey sont clairement inacceptables et disproportionnées», a affirmé, mercredi, un porte-parole du gouvernement britannique, disant « faire confiance à la France pour utiliser les mécanismes » prévus par l’accord post-Brexit « pour résoudre les problèmes ».

« Pas la première menace »

« Ce n’est pas la première menace des Français envers Jersey ou le Royaume-Uni depuis que nous sommes dans ce nouvel accord », a déploré Ian Gorst, au micro de la BBC. « Il serait disproportionné de couper le courant juste parce qu’il faut fournir des détails supplémentaires afin que nous puissions affiner les licences [de pêche] », a-t-il estimé.

Dans un communiqué, le gouvernement de Jersey a assuré avoir « octroyé les licences de pêche conformément à l’accord commercial » conclu entre Bruxelles et Londres à la fin du mois de décembre. Ce dernier prévoit une période de transition jusqu’à l’été 2026, date à partir de laquelle les pêcheurs européens renonceront à 25 % des captures dans les eaux britanniques. Les pêcheurs de l’Union européenne (UE) conservent entre-temps un accès garanti aux zones situées entre six et douze milles marins au large des côtes britanniques, très poissonneuses et souvent plus calmes pour naviguer, où ils se rendaient traditionnellement.

Pour obtenir cette autorisation, les navires doivent toutefois démontrer aux autorités britanniques qu’ils pêchaient déjà dans cette zone au cours de la période de référence 2012-2016. Et des crispations ont resurgi ces derniers jours, des pêcheurs se plaignant de la lenteur de Londres à leur délivrer les licences.

« Vraiment triste qu’on en soit arrivé là »

« Ce que nous sommes prêts à faire, c’est discuter directement avec les pêcheurs. Ils ont tous notre numéro », a assuré Gregory Guida, ministre assistant de l’environnement et des affaires étrangères de Jersey, sur France Inter, jeudi. « On est passés par une énorme bureaucratie, alors que, dans la pratique, on se connaît tous. On s’appelle par nos prénoms. C’est vraiment triste qu’on en soit arrivé là », a-t-il regretté.

Le premier ministre britannique, Boris Johnson, a estimé que tout blocus potentiel des ports de Jersey par des pêcheurs français « serait totalement injustifié », appelant à une « désescalade des tensions ». En plus d’avoir envoyé deux navires de patrouille « par précaution », il a profité d’un appel avec le ministre de l’île, John Le Fondré, pour réitérer son « soutien indéfectible à Jersey ».

De son côté, le ministère de la mer français a déclaré avoir demandé à la Commission européenne, seule habilitée à négocier avec le Royaume-Uni, qu’elle obtienne des « éclaircissements ». Une porte-parole de la Commission interrogée par l’AFP a rappelé lundi que « toute condition » devait être notifiée avec suffisamment de préavis pour que l’autre partie puisse « commenter ou s’adapter ». « En outre, de telles conditions ne peuvent pas être discriminatoires envers nos pêcheurs », a-t-elle ajouté, confirmant que la Commission contacterait les autorités britanniques.

La situation est d’autant plus complexe que Bruxelles et Londres n’ont toujours pas réussi à se mettre d’accord sur l’adoption de quotas de pêche pour les stocks partagés entre l’UE et le Royaume-Uni pour 2021.



Laissez une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués *