Le budget de Bruxelles : un échec imminent

08 novembre 2021

Steven Van Garsse

Quand la dette est élevée, que les dépenses explosent (à cause d’une population de plus en plus pauvre) et que les revenus diminuent (à cause du départ de la classe moyenne), un petit enfant peut voir ce qui se passe : la Région bruxelloise ne peut plus garder la tête hors de l’eau… Lundi, le ministre-président flamand Jan Jambon (N-VA) a prononcé sa déclaration de septembre. Le budget flamand a été déréglé. Le gouvernement flamand s’en sert pour fixer le cap pour 2022. Bruxelles devra attendre encore quelques semaines, mais il est déjà certain que le contexte budgétaire de cette Région est beaucoup moins rose.

Le ministre bruxellois du budget Sven Gatz (Open VLD) a déjà annoncé qu’un trou de 350 millions d’euros devra être comblé. C’est beaucoup, sur un budget d’environ 6 milliards d’euros, mais cela semble gérable. Gatz est déjà optimiste. En étalant davantage les investissements dans le temps, l’exercice pourrait se faire rapidement.
Du moins, si les partenaires de la coalition verte et rouge le veulent bien. Dans la perspective des élections de 2024, ils voudront certainement présenter des réalisations l’année prochaine et en 2023. Les discussions budgétaires sont donc au point mort. Mais là encore, cela fait partie des affaires politiques normales de l’automne. La mi-octobre est la date limite ultime.

« Le problème a été de garder la classe moyenne dans la ville pendant longtemps. » Steven Van Garsse, analyste politique chez BRUZZ

La menace est sur d’autres fronts. Il y en a au moins trois. Tout d’abord, il y a la place de l’Europe à Bruxelles. Le week-end dernier, une étude intéressante a montré combien l’UE contribue à l’économie bruxelloise. La valeur ajoutée des institutions européennes à l’économie bruxelloise s’élève à pas moins d’un quart. En termes d’emplois, nous parlons d’un cinquième. C’est énorme. Le diable est dans la queue. Les chercheurs mettent en garde contre un déclin de la contribution européenne à l’économie bruxelloise. Motif : le télétravail qui va se généraliser dans les institutions européennes. Ils demandent instamment au gouvernement de Bruxelles d’anticiper cette situation.

Et puis il y a l’épidémie de corona elle-même. Elle a profondément entamé l’économie bruxelloise, qui repose entre autres sur le tourisme d’affaires et où le secteur de l’événementiel joue un rôle important. Les chiffres de la vaccination dans la capitale sont si mauvais que Bruxelles devra sans doute attendre un certain temps avant que ces secteurs ne redémarrent vraiment. Et ce n’est pas non plus une bonne nouvelle pour les chiffres de Bruxelles.

Et nous en arrivons à la troisième menace : la concurrence avec les autres régions. Bruxelles a toujours relativement bien résisté à la course de vitesse entre les régions, que le fédéralisme implique toujours. Certes, il y a eu un appauvrissement de la population, mais la Région bruxelloise représente toujours une bonne partie du PIB belge. Le problème a été de garder la classe moyenne dans la ville pendant longtemps. C’est important pour que l’assiette fiscale reste suffisamment large.

Mais cela devient de plus en plus difficile. Et aujourd’hui encore, la situation n’est pas vraiment encourageante. Le gouvernement flamand vient d’annoncer une réduction substantielle des droits d’enregistrement pour les maisons familiales. De 6 % à 3 %. Comparé aux 12 % facturés par Bruxelles, c’est une différence énorme, même avec la réduction dont vous bénéficiez à Bruxelles. Cela signifie que l’achat d’une maison en Flandre est fiscalement beaucoup plus favorable qu’à Bruxelles. Essayez juste de garder les familles à Bruxelles.
Ce sont là trois facteurs externes qui rendront le travail budgétaire de Bruxelles de plus en plus difficile dans les années à venir. Et enfin, il y a aussi un facteur inhérent au gouvernement de Bruxelles lui-même. Pendant des années, la Région bruxelloise, sous le précédent ministre du budget Guy Vanhengel (Open VLD), a gardé la main sur le budget. Il a produit des budgets crédibles, les recettes et les dépenses étant maintenues en équilibre.

« Le gouvernement flamand vient d’annoncer une réduction substantielle des droits d’enregistrement pour les maisons familiales. De 6 % à 3 %. Comparé aux 12 % appliqués par Bruxelles, c’est une énorme différence » Steven Van Garsse, analyste politique chez BRUZZ

Il y a trois ou quatre ans, avant Corona, le gouvernement bruxellois a desserré les rênes. Entre-temps, la dette accumulée est passée à six milliards d’euros et pourrait même atteindre dix milliards en 2024. Quand la dette est élevée, que les dépenses explosent (à cause d’une population de plus en plus pauvre) et que les revenus diminuent (à cause du départ de la classe moyenne), un petit enfant peut voir ce qui se passe : la Région bruxelloise n’arrive plus à garder la tête hors de l’eau.
Chaque politicien espère que, lorsque l’affaire Corona sera terminée, un gouvernement normal sera à nouveau possible. Mais à Bruxelles, c’est à craindre, ils devront faire face à une vilaine monstruosité. Celui de la faillite imminente.


Steven Van Garsse © BRUZZ



Laissez une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués *