Bruno Colmant

Bruno Colmant

Professeur d'économie à l'université. Membre de l'Académie royale de Belgique. Stratège. Écrivain. Conférencier.

Choc monétaire en vue ?

30 avril 2024

Si Donald Trump est élu en novembre, ce ne sera pas une présidence impréparée comme en 2016, mais l’aboutissement d’une minutieuse restructuration des États-Unis. On le sait, la démocratie est complétée par des agences indépendantes censées contenir l’influence politique ou populiste dans des domaines clés, comme l’alimentation, la santé ou la monnaie. C’est ainsi que la plupart des banques centrales sont postulées indépendantes. Elles ne le sont évidemment pas, puisque ces institutions créent la monnaie, qui fut justement qualifiée de « fait social total » par le sociologue Mauss. Leurs interventions s’insèrent donc dans une articulation socio-politique globale. Dans ce cadre, la presse américaine distille aujourd’hui l’idée (que j’exprime depuis un an…) que l’intention des Républicains est de dépouiller la Réserve Fédérale de son indépendance et de permettre à la Maison Blanche de fixer les taux d’intérêt, et donc évidemment la gestion du bilan de cette même Réserve Fédérale. Continuer la lecture…

La Commission autorise une mesure d’aide d’État française d’un montant de 300 millions d’euros visant à soutenir Nuward

29 avril 2024

La Commission européenne a autorisé, en vertu des règles de l’UE en matière d’aides d’État, une mesure française d’un montant de 300 millions d’euros visant à soutenir Nuward, une filiale d’Électricité de France (EDF), dans la recherche et le développement de petits réacteurs nucléaires modulaires («PRM»). La mesure contribuera à la réalisation des objectifs stratégiques de la stratégie industrielle européenne et du pacte vert pour l’Europe. La France a informé la Commission de son intention d’octroyer 300 millions d’euros à Nuward pour soutenir son projet de recherche et développement («R&D») sur la technologie des PRM. Le projet vise à mettre au point des processus de conception et de construction de PRM sur la base d’une conception simple et modulaire et d’une puissance de sortie équivalente ou inférieure à 300 MWe. La conception préliminaire est la troisième phase du projet Nuward global, qui comprend cinq phases distinctes. En décembre 2022, la Commission avait déjà autorisé une mesure française d’un montant de 50 millions d’euros destinée à soutenir la deuxième phase du projet, visant à l’acquisition de nouvelles connaissances pour la conception et la construction de PRM.
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Les autorités des marchés financiers autrichienne, italienne, espagnole et française publient leurs priorités pour une approche macro-prudentielle de la gestion d’actifs

25 avril 2024

À l’heure où la Commission européenne s’apprête à lancer sa consultation sur le traitement macro-prudentiel des risques dans la gestion d’actifs, quatre grandes autorités de marché européennes, la Finanzmarktaufsicht autrichienne (FMA), la Commissione Nazionale per le Società e la Borsa italienne (CONSOB), la Comisión Nacional del Mercado de Valores espagnole (CNMV) et l’Autorité des marchés financiers (AMF), précisent leur vision des priorités dans le cadre des débats relatifs à une approche macro-prudentielle de la gestion d’actifs. Les risques découlant de l’intermédiation financière non bancaire ont fait l’objet d’un regain d’attention de la part des régulateurs à travers le monde au cours des dernières années, et ce d’autant plus que son poids dans le système financier mondial s’est accru. En outre, des inquiétudes ont été soulevées au sujet des potentiels effets négatifs que les chocs issus de cette intermédiation, ou qui pourraient se propager via cette dernière, sont susceptibles d’avoir sur l’économie réelle.
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L’UE et les États-Unis tiennent un quatrième dialogue conjoint sur la politique de concurrence dans le domaine des technologies

24 avril 2024

La vice-présidente exécutive de la Commission européenne Margrethe Vestager, la présidente de la Commission fédérale du commerce des États-Unis (US Federal Trade Commission, ci-après la «FTC») Lina Khan et le procureur général adjoint de la division antitrust du ministère américain de la justice (US Department of Justice, ci-après le «DOJ») Jonathan Kanter se sont rencontrés à Washington pour la quatrième réunion du dialogue conjoint UE-États-Unis sur la politique de concurrence dans le domaine des technologies (ci-après le «DPCT»). Le dialogue a pour objectif de renforcer davantage la coopération afin de garantir et de promouvoir une concurrence équitable dans l’économie numérique. Continuer la lecture…

Desserrer la vis ? La politique monétaire à la croisée des chemins

22 avril 2024
Banque de connaissances

Discours de François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France

C’est un grand plaisir d’être ici à l’Economic Club de New York. Henry James, le grand romancier américain, new-yorkais de naissance, était également un fin connaisseur de l’Europe. Il a notamment écrit : « C’est un destin complexe que d’être américain, et l’une des responsabilités que cela implique est de lutter contre une valorisation superstitieuse de l’Europe »*[1]. 150 ans plus tard, on peut presque inverser cette citation. C’est un destin complexe que d’être Européen aujourd’hui. Et il nous appartient de reconnaître nos similarités et nos différences avec les États-Unis et d’échapper à la tentation de trop s’appuyer sur nos homologues d’outre-Atlantique pour orienter nos décisions économiques. La politique monétaire n’échappe pas à cette tentation. Il existe souvent une perception selon laquelle la BCE ne peut pas agir, ou n’agira pas, à moins que la Fed ne le fasse d’abord. Soyons clairs d’emblée : comme l’a déclaré Christine Lagarde jeudi dernier, « nous dépendons des données, pas de la Fed » *[2] . Nous prenons nos décisions conformément à notre mandat domestique d’une inflation à 2 % et en évaluant au mieux les données et les perspectives de la zone euro. Continuer la lecture…

L’AMF annonce la nouvelle composition du Haut conseil certificateur de Place

18 avril 2024

Le dispositif de vérification du niveau de compétences et connaissances des collaborateurs des prestataires de services d’investissement et des conseillers en investissements financiers s’appuie sur les services de l’AMF et sur le Haut conseil certificateur de Place (HCCP). Ce dernier, placé sous la présidence d’Olympe Dexant-de Bailliencourt, vient d’être en partie renouvelé. Institué en 2009, le Haut conseil certificateur de Place rend des avis à la demande de l’AMF sur le dispositif de vérification des compétences professionnelles. Continuer la lecture…

Stefan Duchateau

Stefan Duchateau

Professeur de gestion des risques/Conseiller auprès de HU Bruxelles et Argenta

Les héros sont las

17 avril 2024

Le rallye boursier qui a démarré début 2023 à la suite de la pagaille laissée par les autorités monétaires s’est évaporé en début d’année. À présent, il menace de s’enliser complètement. En outre, l’enthousiasme risque de sombrer dans un bourbier de tensions géopolitiques croissantes, de menaces d’inflation mal gérées et d’un espoir de réduction rapide et substantielle des taux d’intérêt qui s’estompe progressivement. Un regain d’enthousiasme ne suffirait évidemment pas à maintenir les marchés boursiers sur leur lancée. À court terme, il est urgent de soutenir les perspectives d’inflation et de taux d’intérêt, car les perspectives de croissance des bénéfices des entreprises sont déjà largement intégrées dans les cours de bourse actuels. Les taux d’inflation les plus récents n’offrent aucun répit. Les prix de détail aux États-Unis ont (une fois de plus) déçu avec une hausse inattendue tant de l’indice des prix de base que de l’indice général des prix. Le fait que l’inflation des services, même après correction pour les loyers, rebondisse de 0,65 % sur une base mensuelle est particulièrement inquiétant. Les prix des marchandises ont enregistré une légère contraction au cours du mois dernier, mais nettement insuffisante pour faire dévier le taux de croissance de l’inflation américaine. Continuer la lecture…

Prêts garantis par l’État et prise de risque bancaire

15 avril 2024
Banque de connaissances

par Théo Nicolas, Stefano Ungaro et Eric Vansteenberghe

Contrairement aux craintes qui ont émergé lors de leur lancement, les prêts garantis par l’État (PGE) n’ont pas incité les banques à accroître leur prise de risque. En réduisant mécaniquement la pondération des risques, la garantie d’État partielle a permis de continuer à financer les entreprises tout en maintenant la sélectivité du crédit. Face à la pandémie de Covid-19 et aux effets négatifs du confinement sur l’activité économique, le gouvernement français a mis en place un dispositif de garanties, à hauteur de 300 milliards d’euros, pour soutenir le financement bancaire des entreprises et éviter le risque de resserrement du crédit. Les banques françaises avaient deux raisons économiques principales de participer à ce dispositif : D’une part, elles pouvaient utiliser les PGE pour soutenir leurs emprunteurs risqués, qui auraient pu faire défaut pendant la pandémie, afin d’éviter la dégradation de leurs actifs (« canal de la prise de risque »). D’autre part, les banques ont pu bénéficier d’une réduction de leurs exigences réglementaires en fonds propres, car les PGE étaient assortis de pondérations de risque de crédit nulles (« canal des actifs pondérés par le risque »). Cela leur a permis de soutenir la distribution du crédit sans augmenter leur risque, ce dernier était couvert par la garantie de l’État. Continuer la lecture…

La Banque nationale de Belgique confirme son engagement vers la neutralité climatique

11 avril 2024
Banque de connaissances

Le 27 mars dernier, la Banque nationale de Belgique a publié son deuxième rapport annuel sur la transparence en matière de données climatiques des portefeuilles ne relevant pas de la politique monétaire, réitérant son engagement en faveur de l’investissement durable et responsable et de la transition vers une économie climatiquement neutre. Ces informations sont essentielles pour accroître la prise de conscience et la compréhension des risques et des opportunités liés au climat. La communication est d’ailleurs l’un des cinq piliers de la Charte relative à l’investissement durable et responsable de la Banque. Le rapport met en lumière les émissions de gaz à effet de serre associées aux portefeuilles en gestion propre de la Banque et s’inscrit dans un cycle annuel de communication visant à poursuivre les efforts déployés par la Banque pour informer les parties prenantes externes sur les questions climatiques. Continuer la lecture…

La productivité face au changement climatique

09 avril 2024
Banque de connaissances

Bijnens, G. / Anyfantaki, S. / Colciago, A. / De Mulder, J. / Falck, E. / Labhard, V. / Lopez‑Garcia, P. / Lourenço, N. / Meriküll, J. / Parker, M. / Röhe, O. / Schroth, J. / Schulte, P. / Strobel, J.

Des réglementations climatiques plus strictes nuisent initialement à la productivité, en particulier à celle des entreprises fortement émettrices, mais, à long terme, elles stimulent l’innovation et la croissance de la productivité. Le succès de l’innovation dans le domaine des technologies vertes dépend de la nature des entreprises et des cadres réglementaires. S’ils sont moins perturbateurs, les outils fondés sur le marché peuvent ne pas encourager l’innovation, contrairement aux subventions à la R&D. Le passage à une économie neutre en carbone requiert une planification minutieuse pour éviter les coûts de productivité durables. Tant le changement climatique proprement dit que la politique menée afin de le limiter et d’en éviter les conséquences auront une incidence sur la productivité du travail. Les changements du climat et de la météo, y compris les variations à long terme des températures et du niveau des océans, ainsi que l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements extrêmes, sont généralement appelés « risques physiques ». Les conséquences de la transition de l’économie vers la neutralité carbone nette sont quant à elles qualifiées de « risques de transition ». Ces risques englobent tant la mise en œuvre d’une politique climatique, telle que les taxes carbone et la réglementation, que les autres changements induits par l’évolution des préférences et de la demande des consommateurs. Ces risques physiques et de transition auront des répercussions sur les trois dimensions de la fonction de production traditionnelle, à savoir le capital, le travail et la productivité totale des facteurs, cette dernière étant influencée par les technologies de production. Continuer la lecture…